Un hélicoptère Black Hawk américain survole un convoi de camions dans le désert irakien (Getty – Archives)

La question des bases israéliennes secrètes en Irak refait surface. Après des fuites initiales dans le Wall Street Journal, une enquête approfondie du New York Times a révélé l’existence de deux bases secrètes utilisées pour soutenir des frappes contre l’Iran.

Cette percée logistique et militaire, révélée après la mort d’un berger irakien qui s’était approché par hasard de l’un des sites, ne semble pas reposer uniquement sur une supériorité technologique, mais aussi sur un facteur politique, car des rapports indiquent l’utilisation de l’influence américaine pour imposer une « cécité radar » délibérée dans le ciel irakien .

Premièrement : Le paradoxe du radar

Le New York Times a cité des responsables de la sécurité irakienne affirmant que Washington avait « forcé l’Irak à désactiver ses radars pour protéger les avions américains » lors des guerres iraniennes de 2025 et 2026, rendant Bagdad plus dépendant des forces américaines pour surveiller toute activité hostile.

Cette action a effectivement vidé de son efficacité le système de surveillance irakien et a créé des couloirs aériens hors du champ de la surveillance irakienne indépendante, qu’Israël a exploités pour le franchissement et le déploiement de ses troupes.

Selon des responsables régionaux qui se sont confiés au journal, le rôle prépondérant des États-Unis dans la sécurité irakienne était un élément clé des calculs de Tel-Aviv lorsqu’il a décidé d’intervenir en Irak.

Les contours de ce rôle sont devenus plus clairs lorsque l’armée irakienne a envoyé une force de reconnaissance le 4 mars pour enquêter sur une mystérieuse activité militaire dans le désert, et que celle-ci a essuyé des tirs nourris qui l’ont forcée à battre en retraite.

Suite à cela, le chef d’état-major de l’armée irakienne, le lieutenant-général Abdul Amir Yarallah, a contacté les Américains pour clarifier l’identité de cette force, et Washington a simplement répondu brièvement qu’il ne s’agissait pas d’une force américaine.

Cette réponse, rapportée par le New York Times et provenant du major général Ali al-Hamdani, commandant des forces de l’Euphrate occidental, a conduit Bagdad à conclure à son identité israélienne, indiquant que la couverture américaine ne se limitait pas à ignorer et à garder le silence, mais semble plutôt avoir joué un rôle fonctionnel dans la dissimulation de l’avancement de l’opération.

Le fait qu’Israël planifie ces sites depuis fin 2024 et que Washington ait connaissance de l’une des deux bases depuis au moins juin 2025 témoigne d’une coordination préalable, ce qui place l’ensemble de l’opération sous le couvert du secret américain.

Photo d’archive d’un radar scrutant le ciel au-dessus d’une base militaire américaine dans la ville de Kirkouk, dans le nord de l’Irak (AFP).

Deuxièmement : la nature de la règle

Ces sites n’étaient pas de grandes bases aériennes traditionnelles ; les sources militaires occidentales indiquent qu’il s’agissait de bases opérationnelles avancées pour l’armement, le ravitaillement en vol et les opérations de sauvetage.

Ces points comprenaient un nombre limité de forces d’élite et étaient utilisés temporairement pour raccourcir la distance jusqu’à l’Iran et fournir une base de lancement immédiate pour les opérations de recherche des pilotes au cas où leurs avions seraient abattus.

Image montrant les préparatifs et le soutien logistique probablement nécessaires à la construction de la piste, datée du 02-03-2026 - (Planète - Al Jazeera)
Image montrant les préparatifs et le soutien logistique probablement nécessaires à la construction de la piste, datée du 02-03-2026 – (Planète – Al Jazeera)

Troisièmement : Géographie et dynamique de la déconstruction

Le terrain était un facteur crucial pour la dissimulation, car le lieu observé dans le « Wadi Himyar » est situé dans un vaste désert presque vide.

Le « lit de lac asséché » a servi de surface solide pour la construction d’une piste temporaire de 1,6 kilomètre, tandis que les parois naturelles de la vallée offraient une visibilité horizontale.

Les images satellites montrent une accélération du processus :

  • 2 mars : Les fournitures arrivent et la piste est construite en quelques jours.
  • 3 mars : Le commanditaire irakien d’Al-Qaïda a été découvert et tué par des tirs israéliens.
  • 4 mars : Une force de reconnaissance irakienne a essuyé des tirs, entraînant la mort d’un soldat et la retraite de la force.
  • Du 6 au 18 mars : Impacts accrus sur le terrain et pic d’activité opérationnelle.
  • 1er avril : La base a complètement disparu, les fortes pluies qui se sont abattues sur Anbar fin mars ayant contribué à rendre le site inutilisable, et les pluies et les inondations ont achevé l’effacement des traces restantes du démantèlement.

Quatrièmement : Questions sans réponses

Malgré la précision des images satellites et des articles de presse, les aspects techniques et logistiques de l’opération sont restés secrets. Les sources disponibles n’ont pas révélé la nature des technologies ni les méthodes de guerre électronique employées pour neutraliser les radars restants, ni comment d’énormes quantités de carburant et de munitions ont été acheminées au cœur du désert sans attirer l’attention.

On ignore également comment les communications cryptées avec les dirigeants de Tel Aviv ont été gérées sans laisser de signature détectable, et comment l’étude de terrain détaillée du sol a été menée fin 2024 avant le choix du site définitif.

Cinquièmement : Une « démonstration de force » calculée

La divulgation de l’existence de cette base après la fin de sa mission ne semble pas être une simple fuite journalistique. Selon l’analyste géopolitique Brian MacDonald, du site israélien « i24 News », cette publication doit être interprétée dans le contexte politique actuel et des négociations de trêve au point mort avec Téhéran , comme une démonstration de force calculée et un message de dissuasion délibéré.

De même que le secret a servi l’opération militaire au plus fort de son besoin de mener des frappes, la divulgation délibérée a servi la phase post-frappe, pour confirmer la capacité d’Israël à établir, exploiter et démanteler sans heurts un site militaire temporaire en profondeur sur le territoire d’un pays tiers, comme un outil nouveau et efficace dans la boîte à outils de la guerre moderne.

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