Pris en étau entre la rébellion parlementaire et la crise économique, le Premier ministre britannique Keir Starmer refuse de céder à la tempête politique qui secoue son gouvernement. Malgré le quorum légal de 81 députés exigeant sa démission, qui ouvre officiellement la voie à sa destitution, Starmer a affirmé sa détermination à se maintenir au pouvoir, alors même que les démissions commencent à fragiliser son gouvernement.

Des articles de presse, notamment dans le Telegraph, indiquaient que la vague de démissions s’était étendue à un troisième ministre, rejoignant ainsi la ministre du Logement, Miata VanBule, et la ministre de la Protection, Jess Phillips, dans un effort collectif pour faire pression sur Starmer afin qu’il démissionne.

Selon une intervention de Mina Harbalou, correspondante d’Al Jazeera, cette crise politique plonge le Parti des travailleurs au pouvoir dans une situation désespérée, le nombre de députés rebelles ayant atteint un niveau qualifié de « critique » sur les plans constitutionnel et politique.

Ces mesures interviennent dans un contexte de mécontentement populaire généralisé, Harbalou citant des sondages d’opinion révélant que 75 % des Britanniques rejettent désormais les politiques de Starmer, faisant de lui un « fardeau » pour le parti à l’approche des prochaines élections générales.

L’annonce de Starmer, selon laquelle il s’accrocherait à son poste, est intervenue lors d’une réunion avec ses ministres pour discuter des options disponibles, dans le but de contenir les « fissures » qui commençaient à ébranler le gouvernement.

Selon plusieurs médias, l’AFP a rapporté que des personnalités influentes de son gouvernement, dont la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, l’avaient également appelé à démissionner, d’après les médias britanniques.

Pourquoi sa popularité s’est-elle effondrée ?

La popularité de Keir Starmer (63 ans) a commencé à s’effondrer peu après qu’il ait mené le Parti travailliste à une victoire écrasante lors des élections de 2024, un triomphe qui a mis fin à 14 ans de gouvernements conservateurs au pouvoir en Grande-Bretagne , selon l’Agence France-Presse.

Les observateurs attribuent ce déclin rapide de la popularité de Starmer à un certain nombre de facteurs, notamment ce que ses détracteurs qualifient de « gaffes répétées » et de changements de positions politiques, en plus de la vive controverse suscitée par sa nomination de Peter Mandelson, figure controversée du parti travailliste, au poste d’ambassadeur à Washington , une décision que beaucoup ont considérée comme une rupture avec les aspirations de la base du parti.

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Ce mécontentement populaire s’est clairement manifesté lors des récentes élections locales. Non seulement le parti a perdu des sièges, mais il a également subi une forte hémorragie de voix, et ce, dans deux directions opposées. Le Labour a perdu des positions historiques au profit du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage, tandis que le Parti vert, plus à gauche, a engrangé d’importants blocs électoraux au cœur de Londres , plaçant ainsi Starmer face à un dilemme de leadership : d’un côté, une faction intransigeante, et de l’autre, une faction l’accusant d’avoir abandonné les principes de la gauche.

Le spectre d’une réforme de droite

Mina Harbalou a évoqué les implications de la forte montée en puissance du parti populiste de droite Reform Party, dirigé par Nigel Farage – le leader du Brexit Party –, car elle constitue un signal d’alarme pour les députés travaillistes. En effet, la rhétorique de droite a réussi à séduire une partie des électeurs travaillistes traditionnels, ce qui a déclenché ce qui est décrit comme un état de « panique politique » au sein du parti quant à son sort lors des prochaines élections générales.

Ces pressions reflètent un climat d’incertitude au sein du Parti travailliste ; tandis que l’aile opposée à Starmer considère son maintien au pouvoir comme une « menace existentielle » pour les ambitions du parti, une autre faction craint que son éviction à ce moment délicat ne plonge le pays dans une spirale de chaos politique semblable à celle qu’a connue le Parti conservateur avant de quitter le pouvoir, selon l’Agence France-Presse.

Starmer justifie son maintien au pouvoir malgré toutes les manifestations auxquelles son gouvernement est confronté en affirmant craindre une détérioration de l’économie du pays en raison des troubles de ces deux derniers jours.

Craintes d’une crise politique

Selon l’AFP, de nombreux responsables du Parti travailliste souhaitent éviter une répétition de la situation de 2022, lorsque les conservateurs ont eu trois Premiers ministres en seulement quatre mois.

Dans des propos rapportés par l’agence de presse française, Starmer a noté que cette agitation politique avait eu des conséquences tangibles, les taux d’intérêt des obligations d’État ayant atteint un nouveau record de 5,797 % mardi, dépassant le pic enregistré la semaine dernière et revenant à des niveaux jamais vus depuis 1998.

Cette tempête politique survient dans un contexte de troubles internationaux exacerbés par la guerre au Moyen-Orient , et à la veille d’un discours du roi Charles III dans lequel il doit présenter le programme législatif pour l’année suivante.

Candidats pour succéder à Starmer

Alors que les spéculations allaient bon train quant au départ imminent de Starmer, de nouveaux candidats à sa succession ont commencé à émerger au sein du Parti travailliste, trois noms se démarquant comme candidats potentiels pour diriger la prochaine étape :

  • En tête de liste se trouve Wes Streeting (43), l’actuel ministre de la Santé, qui est considéré comme le choix le plus probable étant donné son statut de membre de la Chambre des communes , une exigence constitutionnelle pour assumer le poste de premier ministre.
  • À l’inverse, le nom d’Andy Burnham (56 ans), maire de Manchester, se distingue. Les sondages le placent en tête des personnalités travaillistes les plus populaires et influentes, mais son ambition est freinée par un obstacle juridique : il ne dispose actuellement d’aucun siège au Parlement, ce qui requiert la démission d’un député dans une circonscription « garantie » pour lui permettre d’accéder à ce poste.
  • Le nom d’Angela Rayner (46 ans), l’ancienne vice-première ministre, est également fréquemment cité comme une figure capable de rétablir l’équilibre et d’unir les rangs du parti déchiré par ses différentes factions.

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