
Publié le 12/05/2026
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Dernière mise à jour : 20h28 (heure de La Mecque)
Dans la province du Khuzestan, au sud-ouest de l’Iran , un commerçant ne commence plus sa journée depuis son bureau ou son entrepôt, mais depuis la route menant aux zones proches de la frontière irakienne. Là, où le réseau téléphonique irakien capte, il utilise une carte SIM irakienne pour rester en contact avec ses clients à l’étranger, répondre à ses messages et gérer ses affaires.
Le commerçant, qui a souhaité garder l’anonymat, a déclaré que la panne d’internet internationale l’empêchait de communiquer régulièrement avec ses clients et que l’achat d’une carte SIM irakienne n’était pas un choix par commodité, mais une solution indispensable pour limiter ses pertes. Il a expliqué que le commerce international ne peut tolérer des interruptions prolongées de communication ni des retards dans le suivi des prix et des expéditions.
L’histoire de ce commerçant illustre un phénomène qui a commencé à se développer dans certaines régions frontalières iraniennes, où les utilisateurs ont recours à des cartes SIM irakiennes pour accéder à Internet international par des voies non officielles, dans un contexte de restrictions et de coupures persistantes.

Marché à la frontière
Le site web iranien « Sitna », spécialisé dans l’actualité des communications et des technologies de l’information, a rapporté que les zones frontalières, en particulier au Khuzestan et dans les zones limitrophes de l’Irak, connaissent une augmentation des ventes de cartes SIM appartenant à des opérateurs irakiens, dont « Zain » et d’autres opérateurs.
Selon le site web, ces cartes SIM entrent en Iran par des voies non officielles et sont vendues à prix d’or, profitant du besoin des utilisateurs d’une connexion internationale stable. Dans certaines zones proches de la frontière, il est possible de capter le réseau irakien sans franchir la frontière, transformant ainsi une voiture, un café ou un emplacement en bord de route en bureau improvisé pour envoyer des messages ou mener des affaires.
Ce marché ne se limite pas à un commerce de niche confiné aux régions frontalières ; il témoigne du fait que la crise d’Internet s’est étendue de l’usage individuel à une échelle plus large, affectant le travail et la vie quotidienne. Alors qu’auparavant, le contournement des restrictions passait souvent par des applications VPN, certains utilisateurs recherchent désormais des réseaux alternatifs en dehors de leur zone géographique.

coût économique
Ce phénomène coïncide avec les avertissements internes concernant les pertes économiques dues aux coupures d’internet. Le ministre iranien des Communications, Sattar Hashemi, a annoncé que les pertes quotidiennes affectant le cœur de l’économie numérique s’élèvent à environ 500 milliards de tomans (environ 2,78 millions de dollars), touchant principalement les opérateurs et le secteur des réseaux, tandis que les pertes quotidiennes au niveau macroéconomique atteignent environ 5 000 milliards de tomans (27,8 millions de dollars).
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En calculant ce chiffre sur une période de 60 jours, les pertes estimées s’élèvent à environ 300 000 milliards de tomans (1,67 milliard de dollars). Le ministre a également déclaré qu’environ 10 millions de personnes travaillent, directement ou indirectement, dans des activités liées à l’économie numérique, ce qui fait de la persistance de ces perturbations une menace pour les moyens de subsistance d’une large partie de la population iranienne.
Du côté du secteur privé, Afshin Kolahi, responsable du Comité des entreprises du savoir à la Chambre de commerce iranienne, a estimé les pertes directes dues à la panne d’Internet entre 30 et 40 millions de dollars par jour, tandis que les pertes indirectes pourraient atteindre 70 ou 80 millions de dollars par jour.
L’économiste iranien Mousa Ghaninejad a cité ces chiffres dans un éditorial publié lundi dans le journal Donya-e-Eqtesad, affirmant que le blocage de l’accès à Internet mondial engendre non seulement d’importantes pertes économiques, mais nuit également à l’unité nationale. Ghaninejad a critiqué le discours entourant les « intranets » et les « internets de classe », soutenant que de tels termes portent atteinte au droit du peuple iranien à l’accès à l’information.

Défi réglementaire
À l’inverse, les cartes SIM étrangères posent des problèmes évidents aux autorités de régulation iraniennes. Le recours à des opérateurs hors du cadre officiel local complexifie la surveillance et la gestion du trafic de données et pourrait ouvrir la voie à un marché parallèle où les prix et les points d’entrée sont difficiles à contrôler.
Les experts en télécommunications estiment que la résolution de ce phénomène ne peut se limiter à une approche sécuritaire ou réglementaire, car elle répond à un besoin pratique des utilisateurs. Un commerçant qui se rend à la frontière pour capter le réseau irakien ne cherche pas nécessairement à défier les autorités, mais plutôt à assurer la continuité de son activité.
La géographie frontalière du Khuzestan confère une dimension particulière à ce phénomène, car la proximité avec l’Irak permet la capture de signaux provenant de certains réseaux irakiens en des points précis, faisant de la frontière une voie de communication technique alternative en cas de perturbation.
Bien que l’on ignore encore comment les autorités de régulation appréhenderont l’utilisation croissante des cartes SIM étrangères, le phénomène révèle une équation simple : plus la connectivité officielle avec le reste du monde est perturbée, plus les utilisateurs se tourneront vers des solutions alternatives non officielles. Dans ce contexte, Internet devient non seulement un service numérique, mais une condition indispensable à la poursuite du travail et à la vie quotidienne.
Source:
Al Jazeera + Presse iranienne